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30.07.2006
Le rêve d'une fille ridicule
(Vague pastiche introductif des premières lignes d'une nouvelle de ce cher Russe... passons.)
J'ai longtemps rêvé de connaître des personnes aptes à m'apprécier pour de vrai, pour de bon. Des personnes avec lesquelles j'aurai la sensation d'être "quelqu'un de bien, qui mérite leur affection sans retenue ni détour". Ce rêve est, par bien des aspects, assez ridicule. Loin de verser dans le mysticisme obscur et étrange de Fédor, mon idéal à moi tourne autour de mon nombril.
Un sentiment confus s'empare souvent de moi en ce moment. Un mélange de reconnaissance envers eux, et une certaine forme de pudeur qui m'empêche de leur dire "ahhhhh mais que che fous aimeuuuh que fous êtes merfeilleuuuux". Aussi j'écris une note, forme anonyme, impassible, inutile, dérisoire, mais légère et douce d'une pensée en devenir, qui ne les atteindra pas peut-être, ou bien si - en fait, peu importe.
Je suis d'un tempérament instinctivement craintif ; probablement une expérience de l'enfance, comme en parle Proust dans ses récits, conditionne-t-elle presque entièrement mon rapport avec autrui. Toujours est-il que j'ai si peur du "décalage" (trop aimer et être déçue de l'absence d'un retour) que je préfère ne pas... verser dans ce genre d'excès dans lesquels je pourrai me vautrer avec assez peu d'élégance. Je manque de générosité... ou plutôt je pense qu'affirmer, dans certains cas, trop haut ses sentiments, avec des mots inexacts, bien pauvres en comparaison avec la nature réelle de ce qui doit être exprimé, fait perdre toute la saveur, la richesse et la beauté de ces sentiments puissants, malléables, confus, mais compris grâce aux faits et aux regards - du moins je l'espère.
Etre entourée de gens vraiment "exceptionnels", comme je me plais à les appeler, est une expérience à la fois douloureuse et exaltante. Douloureuse parce qu'elle nous met face à nous-même, avec une justesse que l'on peut avoir du mal à accepter. Parce que ces personnes vous regardent avec des yeux neufs, dénués de toute malveillance, et pourtant plein d'une humanité et d'une sincérité sans pareilles, vous ne pouvez plus vous voiler la face : l'image qu'ils renvoient de vous vous paraît subitement réelle, tangible, et vous surprend par sa clarté et par ce qu'elle peut révéler de vous - que vous auriez peut-être préféré contenir encore quelques temps dans les tréfonds de votre inconscient, ou que vous ne voulez pas croire, parce qu'un lancinement incertain brouille encore vos pensées les plus profondes. L'expérience est aussi exaltante, bien sûr, parce que soudain, probablement par narcissisme et par bonté, on se sent mieux, on se sent moins ridicule. Moins perdu. Et débordant d'un amour, d'un respect, d'une tendresse qui doivent se modérer dans l'immédiat pour pouvoir continuer à exister longtemps.
Le temps. Donnée effrayante parce qu'elle écourte parfois les rapports. Combien de temps encore pourrai-je apprécier la suavité de tous ces rapports ? La réponse est tantôt effrayante, tantôt rassurante. Toujours est-il qu'en ces temps difficiles - pour un certain nombre de raisons, dont certaines évoquées plus tôt dans ce blog - je ne dois ma survie qu'à une poignée de personnes précieuses, qui si elles venaient à disparaître me verraient totalement anéantie - dépourvue de toute raison d'aimer, donc de vivre. J'essaie de me convaincre en me disant que cette catastrophe n'arrivera pas avant longtemps, qu'il n'y a pas encore de raisons pour qu'ils cessent de me considérer comme un être digne de leur amitié, de leur affection, mais j'ai toujours ce vague doute qu'un jour j'apprenne qu'en vérité je grossis, j'amplifie par ce besoin impérieux d'être aimée ce que j'ai l'impression de déceler dans certains moments, dans certaines paroles, dans certains gestes et dans certaines situations... ou qu'ils apprennent subitement que je ne suis pas quelqu'un de si "aimable" que cela.
Et ma famille. Les circonstances actuelles (ne me concernant pas directement) me font penser à cet inéluctable impitoyable qui met fin à toutes choses. J'aurai voulu être née plus tôt... Avoir des enfants à un âge tardif peut avoir des avantages, mais écourte potentiellement le temps que l'on peut passer avec ses enfants. Ma mère m'a mise au monde tardivement. Evidemment, je ne lui reproche rien, mais je sais que j'aurai certainement à affronter sa mort beaucoup plus tôt que je ne le voudrai réellement. Elle est à la fois forte et fragile... et si les choses ne se résolvent pas de manière lumineuse et belle pour elle, lui donnant une véritable raison de se battre contre la fin de ses jours... Je sais pertinemment quelles sont ses pensées concernant cette "délivrance" qu'elle attend quelque part, mais que je ne veux pas voir venir. J'ai toujours eu la sensation de connaître certaines émotions trop violentes trop tôt, et de manière impuissante... Et puis il y a toujours le problème de Lui... sur lequel je ne peux vraiment mettre de mots pour l'instant parce que je n'ose envisager, pour de bon, les problèmes qui se profileront forcément...
Je ne sais pas pourquoi je me mets brusquement à me livrer sur ce blog. Je suis certainement en plein délire proustien... J'ai sûrement envie de donner forme à ces sentiments confus qui m'agitent en ce moment pour y voir plus clair et pour aussi... livrer ce genre de détails qu'on ne peut énoncer au cours d'une conversation anodine, à des gens qui souhaiteraient me connaître pour de bon, parce que je suis bel et bien incapable de parler de moi de manière intelligible face à quelqu'un, spontanément. Probablement est-ce le cas pour tout le monde, à part pour les natures les plus spontanées et les plus passionnées qui ont appris à ne pas réfreiner leur intériorité, et ce à leurs risques et périls. Bref, parce que j'ai trop de mal à faire comprendre aux autres ce que je pense vraiment - j'aimerai tant qu'il en soit autrement, en vérité - je me déleste ici de toutes ces fragrances d'âme à la fois insignifiantes et significatives, sans d'autre espoir que celui d'être comprise.
20:30 Publié dans The Age of Innocence | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Commentaires
Difficile de "commenter" ton texte; ce verbe, "commenter", implique quelque chose de trop objectif, de trop neutre. Tu parles de toi et c'est touchant. (Presque) chacun de tes mots touche une corde sensible en moi, un déjà-vu, une compréhension fascinée et amère à la fois...
Bisous !
Ecrit par : Mimi | 20.08.2006
Merci ! :) Ton passage ici et cette trace que tu laisses (appelons-la comme ça, à défaut de mieux) me fait très plaisir. A bientôt ! ;)
Ecrit par : Milou | 22.08.2006

