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10.05.2006
"Plus j'aime l'humanité en général, moins j'aime les gens en particulier, comme individus."
Bon, j'écris une note parce que je m'ennuie, fondamentalement. Norsken ne marche pas, Free, le Méphistophélès des Fournisseurs Internet n'est plus satisfait de ma pauvre âme que je lui ai vendue à bas prix. Franchement ! C'est du masochisme, après toutes les galères que j'ai eues avec eux, je suis toujours avec eux et je ne compte pas changer. Le monde est vraiment tombé bien bas.
Bouah bouah bouah il semblerait que j'écrive pas mal de n'importe quoi. Où en étais-je ? Où vais-je ? Qu'ouïs-je ? Qui je hante ? Non pardon, égarement, je reviens sur mes pas, je jette le Breton qui est venu s'incruster dans ma tête aux orties et je reviens à vous.
Soupir. Je n'arrive pas à bien gérer mes rapports avec autrui. C'est un fait. La gentillesse innée est tenace, chez moi, et me joue bien des tours. Du coup, je compense avec un cynisme parfois très effarant, souvent cinglant, amer, peu intéressant. Que doit-on partager avec ceux qui nous sont proches ? Je ne sais pas. Dans ma famille, j'ai l'impression d'être très éloignée d'eux, tous autant qu'ils sont. Je les aime, pourtant ; mais il y a mille barrières qui font qu'ils ne comprendront jamais bien ce qui m'anime, alors que moi si. C'est très présomptueux de dire ça, mais je suis presque sûre d'avoir juste : j'ai suffisamment été mise de côté pour avoir pu observer à loisir les dynamiques internes de ceux qui m'ont longtemps entourée.
Ils sont quand même assez étonnants. Ils ont tous une foi inébranlable en mon succès professionnel. Pour eux, ce n'est même pas histoire de dire "mais si, tu vas y arriver, on croit en toi", c'est une évidence comme une autre. Cela leur revient presque à penser : "elle aime bien le canard laqué" que de songer que je deviendrai une cinéaste dans quelques années et que j'aurai du succès avec mes films. C'est bien, il y a au moins eux qui y croient.
Oh, je ne suis pas défaitiste. Je suis simplement un peu fatiguée par autrui. Je me rends compte que j'ai du mal à aimer les gens pour de bon, parce que je suis un peu lâche et égoïste et avare de moi-même. J'ai aussi la fameuse tendance à chercher un double narcissique bêtement, impossible à trouver véritablement. Enfin, je pense que je suis un peu comme les créatures de Dostoïevski, dans le fond, et que je préserve leur émergence en me planquant derrière une construction élaborée d'une identité praticable, parce que sinon je serai aussi invivable et aussi autodestructrice que ses monstres à lui.
L'autopersuasion marche assez fort, chez moi. Par exemple, au collège, constatant que j'étais considérée comme "l'intello" de service, et que l'on me ressortait cette "insulte" à tout bout de champ, j'ai fini par jouer la carte de "la douée qui n'a même pas besoin de bosser pour avoir les notes d'une intello", trop excédée par ces petits monstres débiles qui pourrissaient mon estime de moi. Comme j'avais déjà mon petit orgueil, je ne pouvais me résoudre à adopter cette image en mentant, comme font beaucoup de gens : beaucoup prétendent qu'ils n'en fichent pas une alors qu'en vérité ils bossent beaucoup mais ne le disent pas, et ne veulent pas le montrer. Non non : quitte à jouer le jeu, autant y aller jusqu'au bout, sinon ça ne sert à rien. L'image n'est pas crédible si elle n'est pas entièrement assumée. Donc ! Je crois bien que c'est à partir de ce moment que j'ai fini par devenir paresseuse. Non pas qu'auparavant je bossais comme une tarée ; juste, je n'avais pas beaucoup d'efforts à fournir mais j'étais de bonne volonté. Au fil des années de collège, je suis devenue paresseuse tout en maintenant mon niveau - parce que sinon ça n'avait pas de sens non plus : je m'abaissais au niveau des autres et perdais le maigre prestige qui transpirait derrière l'insulte "intello". C'est fou, bref, jusqu'où la volonté, couplée à l'orgueil, peut vous emmener, et les effets "bénéfiques" qu'elle peut avoir. Depuis, je parviens toujours plus ou moins à plaire à mes professeurs et à amasser des bonnes notes sans en faire beaucoup, voire quasiment rien. En même temps, à la fac, c'est fastoche. Et je suis assez chanceuse aussi. J'ai acquis une certaine gloire en troisième grâce à ma construction identitaire basée sur l'orgueil et la volonté. J'ai fait la même chose pour ma technique de la "casse qui tue" : sujette à de nombreuses piques franchement lourdes et désagréables très tôt au collège, je me suis armée d'une répartie cinglante spontanée qui a fini par imposer le respect, voire l'estime, à ceux qui avaient osé prétendre m'atteindre pour de bon. Depuis, j'ai ce goût du sarcasme tranché, vif, net, précis, qui me donne un certain succès souvent.
Je suis dans une période où je me dis à la fois que tout est trop facile et trop compliqué. Le présent m'est très facile à gérer : la fac, ce n'est pas la panacée, j'ai une situation financière assez stable et agréable, je ne fais pas beaucoup d'efforts pour le moment dans ce que je fais. Concernant l'avenir, c'est nettement plus pesant : mon roman, par exemple... Je n'ai toujours pas terminé le 5ième chapitre, et j'en suis au tiers. J'ai l'impression que cela fait des mois que je dis ça. Ma carrière professionnelle... la Fémis est apparemment un truc où je devrai fournir un effort quasiment surhumain pour pouvoir espérer un jour y mettre les pieds. Ne parlons pas d'une éventuelle carrière cinématographique qui sera encore plus ardue et éprouvante. Je ne sais même plus ce que je veux faire finalement...
Au moins, pour l'écriture, c'est un truc que je peux faire quand je veux, et c'est un besoin presque viscéral pour moi. Tandis que filmer... Cela me paraît à la fois lointain et terriblement tentant. Si je pourrai vivre sans faire de film ? Je ne sais pas. Peut-être est-ce la question à se poser. Il faudrait que je me décide à prendre une caméra pour de bon, à m'y mettre en somme. Mon prof de montage est à fond sur ce que je peux faire... mais est-ce bien suffisant ? Il est tellement aisé de plaire à n'importe quelle personne venue, pourvu qu'on cerne un peu le genre de choses qui peut lui plaire. Par contre, faire de l'art, faire quelque chose de concret, d'intéressant, de crédible... L'on est plus exposé quand on fait un film qu'un livre. Au moins, le livre peut finir aux oubliettes sans avoir impliqué qui que ce soit. Dans un film bah... J'ai toujours ce problème d'orgueil. Et puis m'exposer vraiment...
C'est moi ou c'est un peu décousu ? Hum. Je ferai mieux d'attaquer mon bouquin plutôt que de bavasser de cette façon. Je vous laisse méditer sur une ultime question, que je me pose maintenant, et que Dostoïevski pose avec beaucoup de pertinence :
"Que vaut-il mieux pour nous ? Qu'on sache la vérité sur nous ou qu'on dise de nous des bêtises ?"
00:25 Publié dans The Age of Innocence | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
Commentaires
J'ai aimé cette note, je me reconnais un peu dans ce que tu dis... Je ne rentrerais pas dans les détails, je ne suis pas sûre que ce soit agréable pour toi de voir quelqu'un arriver comme une fleur et essayer de parler de choses qui te touche profondément. :)
Alors j'ai médité quelques secondes sur la fameuse question, qui doit tous nous occuper, même inconsciemment. Pour ma part, comme ça sans trop trop y réfléchir, je dirais que je préfère que la grande majorité des gens dise de moi des bêtises plutôt qu'elle connaisse la stricte vérité à mon propos. :)
Ecrit par : Tiny girl | 10.05.2006
Hum, c'est une bonne question !
Je passe mon temps à me désespérer de passer aux yeux de ma famille pour une fille tellement géniale et douée et sérieuse que de toute façon j'aurai jamais aucun problème et réussirai tout ce que j'entreprends. En même temps, préfèrerais-je qu'ils me voient comme la fumiste assez quelconque que je suis ? Bah, je ne sais pas. Je persiste à penser que je préfèrerais un peu plus de clairvoyance.
Bon courage, on en est tous là : à patauger en cherchant notre voie. Quoi que tu choisisses au final, évite les regrets ! (genre donneuse de leçons... n'importe quoi, moi !)
Ecrit par : touille | 10.05.2006
Tiny girl : ta réponse ne m'étonne pas vraiment, connaissant désormais tes aspirations de comédienne ! ;)
Tu peux toujours essayer de parler de ce que tu as pu lire dans cette note, sans te brider, ne t'en fais pas ! Sinon je n'ouvrirai pas aux commentaires ! ;)
touille : la clairvoyance, pour ceux qui nous sont proches, est souhaitable, il est vrai. Mais j'avoue apprécier les faux semblants, de temps en temps, qui sont sécurisants...
Merci pour ta petite leçon madame ! :p
Ecrit par : Milou | 10.05.2006
Oh, crois-tu que je puisse me permettre de prendre le contre-pied de Dostoïevski, en disant "plus j'aime les gens en particulier, comme individus, moins j'aime l'humanité en général" ? Puisqu'il n'y a pas de "dans le fond", cela me paraît plus logique.
Je pense aussi que je crois en toi, peut-être pas aussi aveuglément que tes proches, mais avec foi : je me dis que si tu échoues, non seulement ce sera à causes de malchances purement extérieures, car je suis convaincu que tu as toutes les capacités pour aller là où tu veux, mais en plus tu sauras toujours retomber sur tes pattes. Seulement, je sais, l'avenir est flou et flippant ; j'en fais l'expérience quotidiennement.
Ah, que sont troubles les avenirs de ceux qui choisissent leurs études par passion (et quand cette passion concerne des domaines littéraires ou artistiques, bien sûr) !
Sur ce, je m'en vais méditer ta question. En tâchant de comprendre pourquoi, au premier abord, ma réaction fut de me dire "que les gens connaissent la vérité".
Ecrit par : Ano | 11.05.2006
Tu peux tu peux ! :)
Si je me sens autant proche de ce monsieur russe, c'est parce que je sais qu'il est bourré de contradictions ! ;)
En tout cas merci beaucoup pour ce commentaire, et de croire en moi ; quand ça vient de la famille, je trouve cela presque normal, quand ça vient de l'extérieur, je peux estimer ça assez salvateur.
Bonne méditacheun ;).
Ecrit par : Milou | 11.05.2006
